Texte Libre

Dimanche 20 mai 2007

Un petit poste pour vous faire part de ma découverte du moment :

Polnareff a sorti "Tout, tout pour ma chérie" en 1969, c'est donc Michel Sardou qui a copié sur lui pour "La maladie d'amour" en 1973, et non l'inverse. Les deux chansons ont en effet à peu prés la même mélodie.

Je suis enfin rassuré.

Par Blased Sancho - Publié dans : musique
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Dimanche 14 mai 2006

Ô toi, errant du désert, apprends aujourd'hui ce que tu as raté hier en esquivant ma ville de quelques kilomètres. Si tu n'avais pas contourné Blood Gulch pas peur de te perdre ou de te faire sniper tes pas t'auraient mené directement sur Dos Hermanas, ville la plus hospitalière au Sud du Grand Fleuve, qui fêtait hier, avec un peu de retard, les vingt ans de son Shériff. Des personnalités de tout le continent américain étaient invitées pour  l'occasion, amis de plus ou moins longue date mais qui partageaient tous un passé chargé avec notre Shériff. Alors que le soleil était encore haut dans le ciel, un premier hombre passa la porte du Saloon. Le Shériff n'avait pas sorti son colt, et le barman Cervantès n'avait pas non plus sorti sa carabine car tous deux avaient reconnu le pas de celui que l'on surnomme au Sud "l'Esteban". Un silence respectueux se fit, lourd des souvenirs partagés en commun avec "l'homme du continent", le voyageur. Il était descendu de New York, quittant pour l'occasion Wall Street. Le voyage lui avait donné l'occasion de parcourir le pays, et de faire le tour de ses sociétés implantées dans toutes les grandes villes du Nord du Rio. Son retour dans cette petite ville avait pour lui une forte valeur sentimentale vu que c'était la seule ville qu'il avait pu, grâce à ses relations au gouvernement mexicain, entièrement défiscaliser. Ses contributions aux plans annuels Halo-lan, en avaient fait un des hommes les plus respectés de la ville. Ses retours ont toujours été reçus avec enthousiasme par la population. Les trois compères se jetèrent donc dans les bras les uns des autres, et  s'attablèrent autour de la table centrale, la noire avec un tapis rouge dessous, pour ceux qui connaissent. Dessus trônaient comme pour nous lancer un défi deux narghilés. Ceux-ci n'étaient pas là par hasard. L'un avait été offert à "l'homme de Wall Street" pour ses vingt ans, et avait été mis à disposition de la population de Dos Hermanas, car il semblait plus utile ici qu'à New York. Ainsi c'est tout à propos qu'il se trouvait là pour fêter, après plus d'un an de bons et loyaux services, les vingt ans de deux autres compañeros de Dos, qui avaient fait les meilleures heures de l'utilisation de cette chicha. Qui est donc cet autre compañero dont on fête l'anniversaire aujourd'hui ? On le découvrira à sa venue. Les révélations attendront pour lui, mais pas pour notre barman : Mitchmmmmme n'est autre que le "Faiseur de narghilé", cette légende vivante qui parcourt le désert en dispensant son art et son savoir et sauve des familles entières du charbon. Son boulot discret et rémunérateur de barman ne lui enlève heureusement pas la possibilité d’exercer ses talents, les habitants goûtant régulièrement à cette fumée dense comparable à aucune autre dans la région. Mitchmmme Cervantès, fort de sa qualité de faiseur de narghilé, se leva de table, saisit l’autre chicha et commença à préparer le premier narghilé de la soirée. On ne pouvait imaginer narghilé plus approprié. En effet cette chicha là avait été ramenée de Marrakech par notre Shériff lors d’un voyage entrepris avec El Esteban. Passons par l’Espagne au retour, c’est là qu’ils en fumèrent pour la première fois, en la cuidad de Cordoba, située à plusieurs dizaines de kilomètres à peine de la Real Cuidad de Dos Hermanas. Les deux compagnons commencèrent à fumer en se rappelant certains souvenirs. C’est à cet instant qu’un quatrième compañero fit son entrée. Sim, le plus dur et intraitable homme d’affaire d’Europe, avait choisi cette occasion pour ressurgir, après avoir passé deux ans en immersion dans le monde des requins, et d’où il était ressorti après une bataille de deux semaines dont seuls les meilleurs se sortent indemnes. Cette nuit-là on fêtait donc son retour dans le bas-monde, mais surtout son anniversaire, car c'était ce jour-même que Sim avait vingt ans. L’envie de mordre la vie comme un requin mordrait un coffre-fort animait notre Sim et le fit sauter des deux pieds dans la soirée. C’est au galop qu’il avait parcouru le désert et le guet du fleuve. Son enthousiasme ne lui avait heureusement pas fait perdre la tête, car il s’était permis de faire un petit détour par les plaines pour chasser le bison. Il ne fut pas le seul à amener quelque-chose de fort car la joyeuse assemblée fut rejointe ensuite par Marie la ptite indienne, qui était passée par le Mexique et s'était débrouillée pour récupérer de la Tequila Zapata lors de sa traversée du Chiapas. Sentant son rôle de barman fortement compromis par cette arrivée d’alcool inopinée, Mitchmmme Cervantès abandonna son narghilé et alla chercher une bouteille toute particulière : du rhum venu tout droit de Martinique. Cette bouteille semblait directement s'adresser à Sancho el Desdichado : son passé de pirate ressurgit, à grand renforts de souvenirs de têtes coupées et de rhum sec. Sa vie dans les Caraïbes, passée à côtoyer la pire racaille du golfe, à voguer de ports fédérés à ports clandestins auto-anarcho-indépendants, l'avait habitué à boire le rhum comme du ptit lait. Un beau jour alors que Cervantès faisait ses armes de barman dans les établissements les plus glauques des îles, Sancho alla lui rendre visite. Manque de chance, Cervantès venait juste de récupérer de la liqueur de pomme du Canada, et commença à la boire comme de la limonade. Sancho décidait de le suivre à sa boisson préféré : le rhum. Pris dans des pensées intimes plutôt accrocheuses et des jeux d'alcool violents, le fier pirate ne su s'arrêter que quand le sol et son cerveau furent touchés. Depuis ce jour, le rhum a rejoint le whisky et la vodka-médicament au rang des alcools bannis des prérogatives du Shériffa de Dos Hermanas. Heureusement la Bison de Sim et la Tèq de Marie étaient là en soutien. El Esteban, goûtant à des cigarillos directement importés de Manille, se sentit de nouveau l'âme de guerillero de sa jeunesse. La tequila zapatiste apparu comme ce qu'il y avait de mieux sur le moment pour renforcer ce puissant sentiment latino-américain. Il choisit pour attaquer le moment où l'assemblée embrayait sur un régime de consommation accéléré dû à un jeu plutôt entraînant dont le principe étrange est de boire le plus rapidement possible pour que le voisin boivent ensuite lui-aussi. El Esteban ne se doutait pas encore qu'il devrait payer sa participation à ce jeu de sa bile. Conforté par sa victoire sur les compañeros (Sancho avait renoncé définitivement à la Tèq, Mitchmmme temporairement au dessus d'une cuvette…), il décida de lancer un défit à Mitchmmmme : manger un plat de pâte sans les mains. Le plat de pâte faillit mettre El Esteban K.O. on ne sait pas trop comment. Mitchmmme finit son plat pendant qu'El Esteban se relevait avec difficulté. Ne voulant pas finir la soirée sans avoir eu une discussion sérieuse, notre Esteban lança un débat sur la nationalité de Nietzsche, entama une analyse géopolitique trés pertinente dans son ironie et son humour au second-degrés, et accessoirement envisagea l'annexion de l'Allemagne par la France, proposition qui obtint l'approbation de l'assistance. Pour la suite de la soirée, le Shériff de Dos Hermanas prend sur lui de se mettre en contradiction avec la législation de Dos Hermanas en utilisant une mesure de censure intégrale et non négociable. Conclusion de ces retrouvailles mexicaines : une soirée vraiment exceptionnelle où tout le monde à trouvé son bonheur, dans ce saloon d'une petite ville perdue au milieu du désert. Une soirée comme y en avait pas eu depuis longtemps, où tout le monde a pu fêter ce qu'il voulait, comme l'a fait El Esteban de manière sublime pour ses vingt-et-un ans et quatre mois.

Par Blased Sancho - Publié dans : histoire
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Samedi 13 mai 2006

L'autre jour, deux étrangers sont arrivés en ville. J'allai à leur rencontre, histoire de vérifier si  ils n'avaient pas leurs gueules dessinées vite fait sous une des affiches "Wanted" qui recouvrent les murs de mon office. C'était deux militaires. L'idée que ces deux types puissent être animés d'intention hostiles s'évapora quasi immédiatement, étant donné leur bonnes gueules, et le fait que ce soit un risque énorme pour des desperados de voler des uniformes et de les mettre. De plus la ville de Dos Hermanas n'inclut pas dans sa juridiction la poursuite de déserteurs. Ce n'était donc pas dans mon mandat de les questionner à ce sujet, mon mandat pour ce genre de situation étant clair : offrir un verre aux voyageurs harrassés au nom du sens de l'hospitalité indéfectible de Dos Hermanas. Arrivés au Saloon, je ne pus m'empêcher d'interroger les deux soldats sur leur vie, car les affaires militaires et la vie des soldats intéressent particulièrement le vieux pirate que je suis. A la fin de leur récit, je leur demandai leurs noms : je saluai alors le Sergent Cornélius Chesterfield et le Caporal Blutch et repartai à mes affaires.

Les Déserteurs : première album entièrement dessiné par Lambil, qui a repris l'album Hors-la-loi (Outlaw) interrompu par la mort de Louis Salvérius en 1972. On ne peut pas trouver personnages plus nuancés dans toute la série. Les conflits personnels intenses et les situations extrèmement tendues font découvrir les personnages dans ce qu'ils ont de pire et de meilleur. Sens du devoir, haine, colère, cruauté, refus de la violence, courage, honneur, instinct de survie se heurtent et font déraper la situation sans cesse vers des issues tragiques et violentes que l'on évite de justesse (exécution sommaire, scalpage). Forcés de cohabiter dans un huis-clôt inoubliable et poussés à s'opposer contre les indiens selon une division ethnique et raciale néfaste que la situation incontrôlable entretient, chaque soldat devra remettre en cause son code moral, son regard sur les autres, son propre caractère et faire des actions qu'il ne serait jamais cru capable de faire. Cet album met en place l'essentiel de ce autour de quoi va tourner la série entière : nature humaine, morale, importance des rapports humains... Indispensable. Raoul Cauvin, Willy Lambil, 1974

Les Bleus de la Marine : album mémorable pour ses scènes de batailles impitoyables, notamment maritimes, et la visite de tous les corps de l'armée qui y faite par nos deux héros. Un des rares albums de la série à se passer en partie sur l'eau. Les scènes de bataille en mer valent vraiment le détour. Raoul Cauvin, Willy Lambil, 1975

Les Cavaliers du ciel : les péripéties successives de cet album et les scènes d'anthologie en fond un album incontournable. Il s'inscrit totalement dans la tradition de beaucoup d'albums de la série : chercher la plus grande originalité possible dans un univers codifié à l'extrème. Raoul Cauvin, Willy Lambil, 1976

Les Bleus dans la gadoue : comme l'indique le titre, dans cet album, les héros se battent le plus souvent sur un terrain inondé, rendant parfois tout combat impossible. L'atmosphère et l'état d'esprit des personnage est à l'image des trombes d'eau qui tombent et rendent cet album unique. L'histoire passionnante tournant autour d'une nouvelle recrue particulière met en jeu les sentiments les plus profonds : instinct protecteur, admiration, amour, confiance, amitié. Raoul Cauvin, Willy Lambil, 1978

Rumberley : l'histoire unique de cet album et la manière dont elle est  nous est narrée jutifient complétement de se jeter dessus : face à l'avancée inexorable des troupes confédérées, l'armée nordiste, trés affaiblie, abandonne ses blessés dans un village sudiste, et les laisse face à l'ennemi en comptant sur leur clémence, et en espérant revenir rapidement avec du renfort. Les blessés doivent d'abord surmonter l'hostilité des habitants, puis faire face à l'attaque des troupes sudistes... Le discours sur la guerre se montre trés profond et nuancé, puisque les deux camps devront remettre en cause leurs convictions et s'unir pour le salut du village. Raoul Cauvin, Willy Lambil, 1979

El Padre : obligés d'entrer au Mexique pour échapper à leurs poursuivants sudistes, nos deux héros se déguisent pour tromper des desperados trés menaçant. Le scénario est un vrai bijou, les situations les plus cocasses et tendues s'enchainent pour notre pur plaisir. L'histoire nous tient en haleine et nous emmène de surprises en surprises. Une réussite à lire absolument. Raoul Cauvin, Willy Lambil, 1981

Le David : afin de comprendre la menace qui pèse sur la flotte nordiste, le sergent et le caporal sont envoyés dans un port sudiste, déguisés en militaires confédérés invalides. Cette histoire d'espionnage passionnante nous offre plusieurs scènes exceptionnelles, comme un dialogue avec le général Lee, une attaque disproportionnée contre une barque ou la prière d'un capitaine avant le moment de vérité. Raoul Cauvin, Willy Lambil, 1982

Black Face : l'histoire de cet album le rend unique. Révolté par les conditions de vie des noirs dans l'armée nordiste et le Nord, un d'entre-eux appelle ses compagnons à se rebeller contre les deux camps. C'est l'album qui place le plus Chesterfield, et derrière lui toute l'armée nordiste, face à leurs contradictions. Il pose beaucoup de vérités et l'histoire est montrée sans florilèges, avec un réalisme  et une objectivité extrème. Cet album, le plus sombre et désenchanté de la série, nous pousse dans des réflexions profondes et essentielles, notamment sur le racisme, la sincérité de l'engagement dans une lutte... Un album qui laisse des traces longtemps aprés sa lecture. Raoul Cauvin, Willy Lambil, 1983

Quantrill : cet album est surement le plus terrifiant de la série. C'est l'un des seul à avoir des figures de méchants bien définies, et de sacrés méchants : rarement personnage ne se sera montré aussi impitoyable et haïssable que ce Quantrill, ancien instituteur dont la principale occupation pendant la guerre est de piller des villages sans défense. Le livre s'ouvre sur une scène hallucinante de massacre d'une troupe de fédérés noirs et le malaise augmente tout au long de l'album, surtout à partir du moment où Chesterfield se voit affilier comme mission d'infiltrer la bande des pillards et cotoie donc en permanence les enflures. Blutch le suit à la trace, commence alors un jeu du chat et de la souris qui met nos deux héros sur la corde. La fin ne dissipe pas du tout le malaise ressenti pendant la lecture, mais le fait perdurer longtemps, faisant de cet album un des plus marquants de la série. Raoul Cauvin, Willy Lambil, 1994

Les Planqués : album étrange qui met d'emblée nos héros dans une situation surréaliste : ils ont le commandement d'un camp de volontaires posté loin du front, et qui ont obtenu le privilège d'être accompagnés de leurs femmes et leurs enfants. L'album nous offre des scènes immenses, comme la reprise en maindes troupes par le Sergent. La scène d'attaque de nuit est peut-être la scène de bataille la plus mémorable de la série : rarement situation aura été aussi tendue pour nos héros à côté de qui on est plongé au plus prêt : leur ardeur et leur panique sont ressenties de manière totale par le lecteur. Cet album se révèle au final un des plus touchants et optimistes de la série. Raoul Cauvin, Willy Lambil, 1996

Les Cousins d'en face : superbe album qui illustre à merveille l'aspect fratricide de la guerre de Sécession ainsi que les relations des Etats-Unis avec l'étranger. Un album où la neige est omniprésente, ce qui met les personnages dans des situations extrèmes. Les péripéties vécu à travers la camaraderie et les relations humaines tendues font la force de cet album, qui s'avère un des plus agréables à lire de la série, et un de ceux que l'on a le plus envie de relire. Raoul Cauvin, Willy Lambil, 1985

Les Tuniques Bleues : cette série, une des plus longues et prolifiques de l'histoire de la B.D. franco-belge, s'est donnée d'emblée pour vocation d'illustrer tous les aspetcs de la guerre de Sécession, et à travers cette illustration de délivrer un message humain surtout pacifiste mais toujours lucide. L'humour omniprésent permet d'autant plus de faire passer ses messages, notamment à travers les deux héros, le franc-tireur Blutch et le déterminé Chesterfield qui, bien que radicalement opposés, vont toujours s'entraider et essayer de trouver les meilleurs solutions. Le décalage entre leurs points de vue donne toute la profondeur au discours sous-jacent, et souvent carrément explicite, que délivre ces albums sur la nature humaine : les personnages sont souvent pris dans des débats dont le sérieux tranche avec l'ensemble humoristique de la série. Le style semi-réaliste nous offre des personnages trés stylisés à qui on peut s'identifier trés facilement, mais aussi un univers trés réaliste, avec une reconstitution historique fidèle dans ses moindres détails et des décors et scènes quasi cinématographiques. Une série passionnante, où chaque épisode nous dévoile un aspect historique particulier de la guerre de Sécession, mais met surtout l'accent sur des vérités humaines toujours pertinentes. Chaque album peut se lire sans regret, et la qualité d'un grand nombre d'entre eux donnera à chacun ses préférés, tout en ayant conscience du bien que fait la lecture de chaque épisode même ceux que l'on aime le moins. Ma liste est donc trés incomplète, chaque album de cette série valant le détour.

(A suivre...)

Par Blased Sancho - Publié dans : littérature
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Vendredi 12 mai 2006

Ca y est, après 3 ans d'attente, le nouveau Bilal sort. Rendez-vous à Paris est le troisième épisode de la deuxième trilogie entamée par Bilal, et un de ses albums les plus attendus, tant la fin de Trente-Deux Décembre laissait de questions en suspens. La première révélation se découvre à peine le livre en main, sur la couverture : cette série entamée par Bilal ne sera pas une trilogie mais une tétralogie, c'est-à-dire une suite de quatre épisodes. Plus précisément les deux derniers épisodes formeront le troisième pan de ce qui était à la base une trilogie. Pourquoi ce choix ? Parce qu'apparemment la conclusion ne tenait pas sur un seul album, aussi parce que Bilal dessine deux cases par pages en moyenne, en en faisant des véritables peintures. Cet album est tellement étrange et laisse une impression tellement floue qu'il est trop tôt pour en faire un article, d'ailleurs je n'en ai pas envie, n'ayant pas assez de recul. Je donnerais juste mon impression sur deux-trois points. D'abord le rythme de la BD est très lent, cela vient de ce qu'elle raconte, mais aussi du fait qu'elle s'étire sur deux albums. On ne lit donc que la moitié de l'aventure, et les évènements qui arrivent sont terriblement abstraits voire incompréhensible, leur signification ne se montrera que quand on aura une vue d'ensemble de cette histoire dont le sujet réel nous échappe vraiment. Vous l'aurez compris Bilal cherche à brouiller les pistes, et ça rend son album d'autant plus passionnant, même si d'une certaine façon il est aussi terriblement frustrant, car rien de décisif ne semble arriver, les évènements semblant liés à des choses qu'on ne connaît pas encore. Bilal projette ses personnages et sa narration vers l'infini, l'ouvre à toutes les interprétations possibles, noyant ses personnages dans une détresse abyssale. Au final donc un album très troublant, comme nous avait laissé Trente-Deux Décembre, mais aussi un album qui nous fait perdre tout repère et nous laisse sur notre faim, avec rien pour nous raccrocher. Frustrant et captivant, cet album est un véritable paradoxe, et nous donne plus que jamais envie de connaître la conclusion de cette Tétralogie du Monstre.

 

 La Foire aux Immortels : Les scènes décalées traitées avec un réalisme et une approche sans compromis cristallisent ce que le style de Bilal fait de plus cauchemardesque et fantasmagorique, tout ça pour traiter une histoire passionnante mêlant dictature et rivalités divines. Le style old-school et le trait net et réaliste font le charme unique de cet album que beaucoup considèrent comme le meilleur de Bilal. Véritable incontournable de la BD française, cet album qui ouvre la Trilogie Nikopol marquera votre imaginaire à vie. Trilogie Nikopol, Enki Bilal, 1980

 

 

 

La Femme Piège : deuxième album de la Trilogie Nikopol, et sûrement l'album le plus connu de Bilal, notamment à travers son personnage principal : Jill, une femme de couleur bleue au charme sensuel singulier. Cet épisode, d'où l'humour a été presque totalement banni, raconte de manière intime le parcours de cette journaliste qui tue ses amants les uns après les autres. Pur réussite artistique, c'est sûrement son album le plus touchant et sensible. Trilogie Nikopol, Enki Bilal, 1986

 

 

 Partie de Chasse : à travers les récits de personnalité fictives réunies ensemble pour une chasse, Christin retrace toute l'histoire de l'URSS, et fait le cours de ses évènements les plus glorieux comme les plus honteux. Ces destins individuels entrecroisés dans ce qui est un véritable roman graphique sont traités par des métaphores visuelles hallucinantes de symbolique et de force. La subtilité des rapports humains et la tristesse profonde de cet album n'ont d'égal que ce que Bilal a fait de meilleur en matière de dessin. Son meilleur album. Pierre Christin, Enki Bilal, 1983

 

 

 

Les Phalanges de l'Ordre Noir : entendant parler d'un massacre, un ancien combattant communiste comprend que ses anciens ennemis fascistes sont réapparus. Il recontacte toute son ancienne section et reprend une guerre commencée des dizaines d'années plus tôt, où la détermination se fait ennemi des sentiments et de la morale. Ecrit par Christin, cette œuvre purement réaliste de Bilal est aussi sa plus noire, sa plus acerbe et sa plus violente. Pierre Christin, Enki Bilal, 1979

 

 

 

 Le Sommeil du Monstre : dans un monde froid qui pourrait très bien être notre avenir proche, l'histoire suit le parcours de quatre personnages liés par un passé tragique et un complot implacable. Trois ans avant le 11 septembre, Bilal y critique déjà la géopolitique qui en sera la cause. L'histoire axée autour de la mémoire du personnage principal crée une densité et un rythme qui en font un des albums les plus passionnants du maître. La Tétralogie du Monstre, Enki Bilal, 1998

 

 

 

Trente-Deux Décembre : suite directe du Sommeil du Monstre, Bilal envoie sa série vers une autre dimension plus abstraite et métaphysique, mais sans oublier les sentiments qui rendent l'histoire de ce deuxième volet réellement passionnante. Abandonnant le style monochrome du premier, Bilal nous offre un de ces albums les plus beaux, où les couleurs se battent en duels, et où les scènes les plus impressionnantes qu'il ait dessinées trouvent un impact visuel bouleversant. La Tétralogie du Monstre, Enki Bilal, 2003

 

 

Le Vaisseau de pierre : un des premiers albums de Bilal. L'histoire ancrée dans notre réalisme quotidien se dirige de plus en plus vers le fantastique au fur et à mesure que la lutte d'habitants pour sauvegarder leur patrimoine prend forme. Cet album dégage une mélancolie intense. Les scènes finales monumentales justifient à elles-seules l'attention qu'on doit lui porter. Légendes d'aujourd'hui, Pierre Christin, Enki Bilal, 1976

 

 

 

 (A suivre…)

Par Blased Sancho - Publié dans : littérature
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Jeudi 11 mai 2006

Avec la sortie ce mois-ci du dernier album d'Enki Bilal, et la sortie le 17 et en juin de deux nouveaux épisodes de Donjon qui s'annoncent incontournables, c'est l'occasion de faire une mise-au-point concernant un pan essentiel de notre culture : la bande-dessinée. Ce post peut paraître d'un premier abord un peu désuet par rapport à l'orientation engagée que prend de plus en plus ce blog, surtout depuis le dernier post. Mais ne vous fiez pas aux apparences. Ce présent post est un vrai post de reprise, et il réaffirme le but de ce blog : offrir un regard sur certains aspects culturels, il est donc issue entièrement de ma vie culturelle, qui ne s'y retrouve qu'en partie, mais dans ce qu'elle a de plus essentielle. Ainsi je termine cette introduction en déclarant que lire des bande-dessinées est indispensable pour l'épanouissement personnel, et que ce type d'œuvre offre un bienfait qui lui propre ainsi que des bienfaits innombrables qu'elles partage pour le meilleur avec d'autres formes d'arts tout autant fondamentales : le cinéma, la littérature, la peinture. Ce post vous présentera une liste d'œuvre dont certaines sont des classiques reconnus, d'autres que je considère personnellement comme quasi-indispensables pour notre culture et notre bien-être personnel, et d'autres qui sont allées très loin et ont apporté quelque-chose de nouveau dans la manière de faire de la B.D., et donc dans la manière de faire de l'art. A propos de l'engagement dont je parle plus haut, engagement personnel qui est devenu limite politique sur les bords, voire carrément politique, ne vous faîtes pas d'illusions vous le trouverez dans les commentaires que je vais faire de ces œuvres et dans ces œuvres elles-mêmes, considérant évidemment que mes commentaires ne trahissent pas l'œuvre mais mettent en avant, entre-autre, son engagement. Délectez-vous bien de ce post qui va faire office de transition vers une suite prometteuse : un post sur une certaine B.D. monumentale de Tardi parlant d'un évènement effroyable de notre histoire "récente" serait en préparation m'affirme t'on.

 

C'est en toute logique que j'ouvre cette liste avec des albums de la série Donjon et particulièrement avec Crève-Cœur, dont l'album qui sort le 17 mai est la suite directe (Le Temps des pleurs). En fin de liste pour chaque série se trouvera un petit commentaire pour présenter la série-même.

 

 Crève-Cœur : racontée à la première personne et en "voix-off", l'histoire nous raconte la jeunesse d'Alexandra, tueuse sexy, ainsi que sa lutte pour sa survie dans un monde noyé dans la manipulation où vengeances et rivalités s'imbriquent les unes dans les autres, pour n'exploser souvent qu'en tueries impitoyables. Le meilleur album de la série, et le mieux à même de nous faire venir les larmes aux yeux. Donjon Monster, Joann Sfar, Lewis Trondheim, Carlos Nine, 2004

 La Nuit du Tombeur : les sujets de l'amitié et de la confiance, traités à fond, donnent son rythme à un album qui multiplie les séquences décalées dans un univers où le morbide surgit des fois avec une intensité incontrôlable. Donjon Monster, Joann Sfar, Lewis Trondheim, Walter, Jean-Emmanuel Vermot-Derroches, 2003

Du ramdam chez les brasseurs : touchant et mélancolique, l'album présente dans un style visuel envoûtant l'histoire de deux mercenaires recueillant un bébé. Les questions de l'exclusion, l'individualité et la peur de l'étranger sont au cœur de cette histoire à la fois brute et subtile. Donjon Monster, Joann Sfar, Lewis Trondheim, Yoann, 2003

 Cœur de canard : parodie, humour décalé, séquences uniques, personnages impayables, histoire prenante… cet album est certainement le plus drôle et léger de la série et forme avec les trois suivants de la série Zénith (en attendant le 5eme en juin) le réservoir de bonne humeur et d'énergie de la série. Donjon Zénith, Joann Sfar, Lewis Trondheim, 1998

Armaggedon : lorsque le style de Joann Sfar rencontre une histoire où remise en cause du monde, croyances, mythes et pouvoirs s'enchevêtrent, ça donne une bande-dessinée hallucinatoire, où le surréalisme fait l'effet d'une douche froide, et où l'humour ne peut survivre que sous ses formes les plus décalées. Donjon Crépuscule, Joann Sfar, Lewis Trondheim, Walter, 2002

 

 

 

Donjon : projet hallucinant de Joann Sfar et Lewis Trondheim, la série se fixe comme objectif de présenter un univers fantastique à travers trois époques, et trois formes de sociétés. La première très politisée se dérouler au sein de la ville, qui repose sur une organisation complexe à pénétrer et à comprendre, facteur d'abus et de crimes ; la deuxième est celle de la communauté indépendante, de l'autogestion, de l'entreprise personnelle et libre, elle se déroule autour du Donjon, îlot prospère planté au milieu d'une terre diverse et souvent hostile, qui fonctionne sur un commerce unique et étrange : celui de l'aventure. La troisième période la plus complexe, se déroule dans un monde post-apocalyptique ou les cartes géographiques et politiques ont été totalement redessinées, ou les valeurs sont bouleversées, les anciens repères en partie disparus, et où les individualismes se manifestent de manière exacerbée. Métaphore de nos sociétés, la série utilise à foison les analogies pour délivrer implicitement un message politique très critique, mais sans oublier son principe premier : divertir. Et elle le réussit à merveille, à travers des histoires trépidantes, et des ambiances graphiques uniques. Plusieurs principes régissent la série et lui donnent un intérêt particulier : elles est dessinées par une foule de dessinateurs différents, à qui un ou plusieurs album sont donnés à dessiner, ce qui donne pour presque chaque album un style unique ; les histoires sont liées les unes aux autres, et les personnages se retrouvent dans plusieurs albums, ce qui permet d'en apprendre à chaque fois plus sur eux.

(à suivre...)

Par Blased Sancho - Publié dans : littérature
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